Saison 7 Episode 3 S7E03 

Merci de votre participation au jeu des photos et des salades grecques.

Bravo à nos voisins de la Hak, comme ils se nomment eux-mêmes. Ils ont été les premiers à retrouver 2 des 3 herbes photographiées.Nouveaux venus dans le monde de la voile et déjà passionnés, heureux récents propriétaires d’un Dufour 44, à la coque polishée ! Une blague récurrente chez les voileux : les 2 plus beaux jours de la vie d’un capitaine sont le jour de l’achat de son bateau et le second, plus beau encore que le 1er, est le jour de sa revente ! Nous leur souhaitons de belles et bonnes navigations !

Photo 1 / 

Gombos ou bamya ou cornes grecques

Les gombos, sorte de de cornichons allongés à la peau couverte de soies duveteuses, sont appelés en Grèce et aussi en Turquie, bamya ou cornes grecques.

 

 

 

Photo 2 /

feuilles de caprier

Les salades grecques typiques ( tomates, fêta, olives, concombres, oignons arrosées d’huile d’olive ) sont le plus souvent accompagnées  de câpres. Mais les Grecs mangent aussi les feuilles des câpriers, tendres et onctueuses.

Photo 3 /

Stifnos

Les grandes feuilles sont des stifnos, comestibles uniquement après cuisson, que l’on cuisine comme des blettes puis refroidies, humectées d’huile d’olive ou plus rarement chaudes, en légumes.

 

 

Crête en vue

Kriti, plus grande île de Grèce, frontière symbolique entre l’orient et l’occident, située à équidistance de l’Europe, de l’Asie mineure et de l’Afrique, avec 3 massifs montagneux qui occupent plus de la moitié du territoire, dont le Mont Ida, le point culminant à 2456m, qui vit du tourisme et de l’agriculture, 250 km d’est en ouest, 55km dans sa plus grande largeur, nous voila !

On contourne Nisis Dhia (Standia), île à 6 NM au NNE d’Heraklion, pour trouver un mouillage approprié sur la côte sud, mais les abris sont étroits, la protection du Meltem insuffisante, la baie réservée aux bateaux de pêche.

Nisis Dia

On laisse là le profil de Zeus que formerait la crête des montagnes de Dia et on file directement sur Héraklion, la capitale crétoise.

Crète en vue

Héraklion

On met les défenses à poste dans l’avant port. Sur le canal 16 de la VHF, pas de réponse des autorités portuaires. On laisse le fort vénitien construit au XVIe s.,le Koules, de son nom turc, sur notre tribord et on rentre dans le vieux bassin vénitien. Un homme à bord d’un voilier amarré, que l’on questionne, nous conseille de passer sur le canal 12. En effet, là, on nous invite à nous diriger sur le quai municipal dans l’avant port. On s’amarre à la grecque. Fabienne largue l’ancre à l’avant à environ 40m du quai  sur une ligne perpendiculaire au quai et poupe à quai. On recule en douceur, en relâchant de la chaîne. Un voileux français nous prend les aussières, nous le remercions et  discutons plus d’une heure avec lui, en partageant nos expériences grecques respectives, dans les îles ioniennes, les Cyclades, celles du Dodécanèse, le passage du canal de Corinthe. Autour de nous, sur ce quai, mouillent un motoryacht américain avec un couple d’équipage qui astique le bateau et sert les propriétaires, un Océanis 47 australien, un grand voilier racé avec équipage, au gréement  noir et au pavillon maltais, un voilier de 10m français, celui là-même qui nous a accueillis, un grand voilier sans pavillon, du nom d’Amir, en décrépitude, qui date peut-être de l’époque où des fortunes se faisaient en Grèce, d’avant la faillite du pays orchestrée par les banques menteuses.

Port vénitien d’Héraklion

Le quai est si élevé, qu’il est difficile d’y débarquer. On choisit d’aller en canoë dans le bassin vénitien et de l’amarrer le long d’un ponton entre 2 bateaux à moteur. On passe par le café La Marina, pour sortir du port vénitien.

Nous dînons au Syllogos Erasitechnon Aleion, qui s’appelle aussi Farotaverna, non loin de la capitainerie, avec vue sur notre voilier. Les tables laissent apparaître, sous une vitre, un décor de fonds marins avec coquillages et galets et donnent une jolie impression de profondeur qui contraste avec le bleu pimpant du mobilier.

Restaurant au nom à rallonge mais recommandé !

On est content de la cuisine, du tzatziki aux boulettes de courgettes agrémentées de yaourt frais aux herbes, à la seiche à l’encre, délicieusement préparée. Un verre de retsina, vin blanc sec,  accompagne notre premier repas crétois. Le dessert spontané composé de melon, de pastèque  et de petit gâteaux de semoule avec des grains de sésame est apporté avec une petite bouteille de tsikoudia, eau de vie crétoise à 45°, tirée du marc de raisin, qui descend directement dans l’estomac sans passer par la case saveur. La promenade digestive nous mène au bout de la longue digue. Le fort, le Koules, clôt la petite anse du vieux port et servait à protéger la ville des attaques ottomanes. Celle-ci ne tombera qu’en 1669, après un siège de 22 ans ! Coriaces et résistants les Crétois, est ce dû à leur régime ?

  • Le régime crétois

Etudié par les scientifiques et les nutritionnistes, et au vu de la longévité des Crétois, peu concernés par les problèmes cardiovasculaires, ce mode d’alimentation est composé de fruits et légumes frais en abondance, de viande en petite quantité, dont peu de viande rouge rare sur l’île, de céréales, de produits laitiers caprins et d’huile d’olive, la meilleure du monde.  Les matières grasses qu’ils absorbent sont issues exclusivement de l’huile d’olive vierge. Leur mode de vie joue aussi un rôle prépondérant dans leur bonne santé :  absence de stress, qualité de l’environnement, forte consommation d’herbes sauvages, de légumes et de fruits. Les aromates et les plantes médicinales, telles la sauge, l’origan et l’herbe de longévité : le diktame complètent cette saine alimentation. Le climat méditerranéen, favorable à la production d’une grande variété de fruits et légumes, contribue à la jouvence des habitants. Les massifs montagneux apportent suffisamment d’humidité  pour la culture des oliviers, vignes, caroubiers, bananiers, pêchers, orangers, melons et tomates. L’eau de source de Zaros ressemble à notre délicieuse eau auvergnate. L’olive et  l’huile, qui en est tirée, occupent les Crétois depuis plus de 3000 ans. Actuellement, sont dénombrés 35 millions d’oliviers sur l’île, 60 oliviers par habitant. Un arbre à pleine maturité, c’est à dire âgé de 15 à 3O ans donne 12kg d’olives tous les 2 ans dont on extrait 2 litres, autant dire la rareté et la préciosité de ce fameux liquide. L’isolement géographique de la Crète et l’impressionnante variété de son relief ont permis l’existence d’une flore endémique importante. Les plantes aromatiques et curatives sont ramassées dans la montagne, la plus rare le diktamon, appelée l’herbe des dieux dans l’Antiquité, pousse sur le mont Dikti, d’où son nom, dans des endroits tenus secrets et difficiles d’accès. Elle ne se consomme qu’en tisane. Homère, Aristote, Théophraste, dans son Histoire des Plantes, les botanistes Tournefort et Sieber, JK Rowling ont parlé de ses multiples bienfaits : elle contribuerait à la longévité, guérirait les céphalées, soulagerait la fatigue, stimulerait le rajeunissement et la digestion et possèderait des vertus aphrodisiaques. On en a fait provision. A une amie demandant à Fabienne si elle avait commencé à en boire, Fabienne répond qu’elle commencera à 80 ans pour augmenter sa longévité, sa résistance naturelle alliée aux produits de la nature lui font rêver de  siècle à fêter.  La décontraction des Crétois, dont la phrase revient sans cesse à nos oreilles, « siga, siga », soit « doucement, doucement » est difficile à acquérir, pour nous, qui malgré notre volonté de profiter des splendeurs méditerranéennes que nous croisons, n’arrivons pas à nous départir des horaires et du plan de visite à respecter, nous avons tant soif de culture et de nature à appréhender.

Le vieux bassin est rempli de caïques, de petits bateaux de pêche colorés. Le café La Marina ne désemplit pas de Grecs mais peu, voire pas de touristes, ni au restaurant, ni au café que nous traversons pour reprendre notre canoë. Tels des Indiens dans la nuit sur une eau parfaitement plate, nous rejoignons notre bateau, glissant sur l’eau noire,  et laissant juste entendre un léger clapotis des rames à la surface de l’eau. En revanche, Grecs et Italiens qui traînent  sur le quai, parlent fort et boivent, contrastant avec notre arrivée silencieuse à bord.

Le port n’est pas équipé pour la plaisance et ne propose pas même de sanitaires aux trop rares visiteurs maritimes.

Les cheveux de Fabienne saturés de sel poissent, les corps avec la poussière du port, les couches successives de crème solaire, le sel collant à la peau, auraient bien besoin d’une longue douche d’eau douce. En attendant, on se contente de toilette économe en eau à la douchette dans la salle d’eau et de lingettes pour parfaire la toilette.

On décide de louer une voiture pour voir la Crète d’un peu plus près. On passe devant les arsenaux désertés et peut être en cours de réhabilitation ici appelés neoria. Les Vénitiens y construisaient les galéasses, à présent, ces ex chantiers navals donnent sur la rue et non plus directement sur la mer et attendent  d’être restaurés.Dans la rue du 25 Aout, date d’une grande fête religieuse à Héraklion en l’honneur d’Agios Titos, le premier évêque de l’île, les échoppes de loueurs de voiture et de produits tirés de l’olivier se succèdent. Les loueurs les plus près du port sont les plus chers. Dans une petite rue perpendiculaire, on teste un 5ème loueur, recommandé par le Petit Futé, bingo, on paye une partie en Carte Bancaire, indispensable pour l’assurance incluse et une partie en espèces pour avoir le sourire du loueur et un bon prix. Pour info, on recommande Blue Sea, 5-7, Kosma Zotou street, Iraklion. Une Fiat 600 avec clim fera l’affaire.

  • Au temps des Minos

En route pour les Palais minoëns, de Knossos et de Phaïstos.

 

 

On traverse la capitale sans charme, bétonnée  mais vivante, car le palais de Knossos, le Labyrinthe de la mythologie, de labris : double hache, symbole du pouvoir et inthos: maison, est à 5 km du port. 

Palais de Knossos
Palais de Phaïstos

Le palais de Phaïstos, quant à lui, domine une colline, face à la plaine fertile de la Messara, au sud de la rivière Géropotamos.

Les premiers Crétois arrivent de Palestine et d’Anatolie et introduisent l’élevage et la culture de céréales et de légumes.

Règnent les rois Minos successifs, maîtres de la mer. Leur flotte leur tient lieu de fortifications. La civilisation minoenne, plus importante civilisation de l’âge du bronze en Méditerranée, grâce à sa marine, étend sa domination du 3eme millénaire avant JC, jusqu’à sa disparition progressive vers 1100 avant JC.

Cette ancienne civilisation européenne se confond avec la mythologie. Sa sophistication et son organisation l’amènent à commercer dans toute la Méditerranée.

Un archéologue anglais du XIXème siècle, Sir Arthur Evans, controversé dans son entreprise de restauration, a réinterprété le site de Knossos, avec force peinture puisée dans la palette des couleurs et pigments crétois, rouge, ocre et noir. 

C’est un peu le Violet Leduc de la Crète, dénigré mais permettant aux yeux des visiteurs actuels de faire revivre les ruines. Il a placé à partir des fragments originaux retrouvés sur le site et visibles dans le magnifique Musée archéologique, des copies des fresques polychromes.

  

D’ailleurs, à l’entrée du palais, pour 1 € de plus, un billet couplé est vendu pour les 2 entrées, palais et musée, parfaitement complémentaires. La visite de ces 2 lieux permet à notre imagination de voir défiler devant nos yeux roi, princes et princesses, esclaves, artisans et commerçants.

Le livre de Nikos Kazantzakis, « Dans le palais de Minos », nous plonge dans cet univers mythique. 

Le site, écrasé de soleil,  bien explicité, nous fait remonter à la construction du premier palais vers 1900 avant JC, alors centre religieux et politique de l’île.

A sa destruction, vers 1700 av JC, due probablement  à une série de séismes, succède une reconstruction jointe à une expansion économique et culturelle, de 1700 à 1450 av JC, l’âge d’or de la civilisation minoenne.

Du XV ème siècle au XII ème avant JC, peut être victime d’une mystérieuse catastrophe, de l’éruption volcanique de Thyra, devenue Santorin qui aurait provoqué un tsunami dans la partie centrale de la Crète, avec le déferlement de  trois vagues successives d’une vingtaine de mètres de hauteur pénétrant sur des centaines de mètres à l’intérieur de la Crète ou bien de  l’invasion des Mycéniens, le palais s’effondre et avec lui, le culte de la déesse mère, remplacé par l’introduction des dieux grecs Zeus, Poseidon, Hera, Athena.

Avec l’arrivée des Doriens, ces géants blonds venant de la région danubienne, qui  incinèrent leurs morts, utilisent  le fer, portent des vêtements à broches, et ornent leur poterie de décor géométrique, c’en est fini de l’éblouissement de l’époque minoenne.  

Les palais minoens  sont bâtis sur le même modèle architectural, ils constituent une véritable ville et des centaines de personnes y vivent. Hauts de 2 étages ou plus, les palais de cette époque ont un aspect similaire. Autour d’une grande cour centrale dallée, ils forment un ensemble complexe de batiments enchevêtrés et  d’escaliers.  On est époustouflé devant les symboles présents, double hache et cornes de taureau, emblème des rois Minos, disséminés en statue gigantesque et en guise de créneau.

Le palais est une merveille de technique et d’esthétique : première architecture domestique et funéraire, système d’égout et d’approvisionnement en eau, Fabienne ne peut s’empêcher de penser à son amie randonneuse friande d’explications quant à ces systèmes de citernes et conduits (elle se reconnaîtra), murs ornés de fresques polychromes,

 

 

 

 

trône en bois sculpté et en albâtre, colonnes en bois de cyprès, puits de lumière,

 

 

 

jarres géantes, appelés pitoî ,pour l’huile d’olive et les céréales, théâtre et jeu d’échec, objets en ivoire provenant d’Egypte, de Troie, d’Orient, élégantes céramiques, sceaux gravés dans l’améthyste, l’agate, le cristal de roche, dans des pierres semi précieuses,

 

 

 

petites figurines  en ivoire, en bronze et en chryséléphantine, ces plaques d’ivoire et d’or, assemblées sur une structure en bois, bijoux en or : bagues, colliers et boucles d’oreille,

 

 

 

 

manches d’épées retrouvées dans les tombes.

 

 

 

Ces trésors prouvent le raffinement des artistes : des vases en porphyrite ornés de représentations en relief, des céramiques ornées de motifs végétaux ou marins,

disque de Phaïstos

 

 

 

 

le disque de Phaistos, à l’écriture en spirale encore indéchiffrée,

 

 

rhyton

le  rhyton aux cornes d’or, ce vase en terre cuite, sous forme d’une corne à une anse comportant une ouverture par laquelle le vin s’écoule et dont l’extrémité se termine par une tête de taureau aux cornes d’or, le pendentif aux abeilles,

 

 

 

déesse aux serpents

la déesse aux serpents.   

Comment a t-on pu connaitre  avec autant de précision cette civilisation, la lumière du monde ? Les auteurs antiques sont une source précieuse pour la reconstitution de cette période.

La mythologie raconte que Zeus, soustrait par sa mère Rhéa, à l’appétit de son père Cronos, est caché et élevé par des nymphes dans une grotte sur le Mont Ida. Métamorphosé en taureau, Zeus enlève Europe. De leur union naît Minos et ses frères, Radhamante et Sarpédon. Tous les 9 ans, Minos, roi de Crète, reçoit les ordres de son père pour administrer la Crète.

Platon parle des impôts dont Minos accable les Athéniens. C’est peut-être une référence à la légende de Thésée, qui, aidé de la fille du roi Minos, Ariane, délivre Athènes du devoir  de sacrifice des 7 jeunes gens et des 7 jeunes filles. Ce tribut  imposé tous les 7 ans, par la toute puissante dynastie minoenne sur la mer Egée cesse lorsque Thésée tue le Minotaure, au corps d’ homme et à la tête de  taureau, monstre  issu de l’union contre nature de Pasiphaé, épouse de Minos et d’un taureau.

Taureaukathapsie, danse du taureau *

*à ce sujet, La Danse du taureau de Mary Renault


taureaufolie  taureaulogie. 

 

 

 

 

taureauphilie

Aristote et Thucydide parlent de thalassocratie, puissance politique fondée sur la domination de la mer, où le pouvoir est tenu par des chefs puissants et une stricte hiérarchie.

 

Les propriétaires fonciers locaux, qui entretiennent les cultures d’ olives, d’huile, de raisin et de vin, de céréales et de légumineuses encadrent le palais, centre religieux, économique, politique et administratif. 

 

Les tablettes, plus de 3000 retrouvées en écriture hiéroglyphe puis linéaire renseignent sur les  échanges commerciaux avec les pays alentour et atteste de l’expansion commerciale des Minoens. Les matières premières, bronze, étain, ivoire sont importées,  le  cuivre provient de Chypre, l’or d’Egypte, l’argent et l’obsidienne des Cyclades. Les objets de luxe, armes, étoffes, chaussures et bijoux  sont manufacturés dans les ateliers des palais et largement exportés.

Homère témoigne de l’importance de la Crète en précisant que l’île, en fournissant 80 navires, est  un des plus gros contributeur  à la guerre de Troie.

Pline, Strabon, Diodorre de Sicile témoignent dans leurs écrits de la place prédominante de la Crète en mer Méditerranée.

De déambuler dans ce palais émeut tant Fabienne que les larmes lui viennent aux yeux. Etre là au milieu de ce complexe royal, de ces maisons adjacentes, de ces anciens ateliers de potiers, de presse d’imprimerie, de forge, des échoppes d’artisans du cuir, d’artistes sculpteurs, céramistes, orfèvres, tisserands, des magasins de stockage,

   des appartements royaux nommés mégarons, de la cour centrale, du théâtre, de cet ensemble ceint encore aujourd’hui de végétation dense renvoie au sentiment de puissance des Crétois d’alors, à leur suprématie culturelle et technique sur les autres peuples méditerranéens.

Nous déjeunons à l’Agora, un mezedopoleio, dans une ruelle d’Ano (haut) Archanes. Notre menu se compose :

  • de kokli, escargots de montagne au romarin,  excellents, dit-on ici, contre les maladies cardiaques,

 

 

 

 

 

  • de ladera de thon, tranche hypersalée, ladera désigne les plats qui baignent dans une sauce où domine l’huile d’olive,
  • de dakos, pain d’orge rassis trempé dans de l’huile d’olive et garni de tomates fraiches,
  • de féta émietté et saupoudré d’origan,

 

 

 

  • de stamnagathi,  de stamna: cruche et agathi: épine.  Lorsque les crétois  allaient remplir leur cruche d’eau, ils  en bouchaient l’orifice avec les pieds de cette plante pour éviter que la poussière, les insectes et autres animaux indésirables  ne viennent souiller l’eau. C’est une variété de pissenlit, aux feuilles protégées par des épines de la famille des chicorées, au léger gout amer, consommée crue ou bouillie et assaisonnée d’huile et de citron,
  • de keftedes, boulettes de viande hachée et de courgette râpée, farinées et frites dans l’huile,
  • le tout arrosé copieusement d’eau de Zaros.

Nous quittons le restaurant avant même que la restauratrice ne nous apporte le dessert, toujours offert gracieusement, tant nous sommes repus.

En voulant prendre un raccourci, on se perd dans la montagne, les routes goudronnées se transforment en chemins caillouteux, seule la voix synthétique de Miss Google Map nous indique des noms d’avenues inexistantes. Les champs d’oliviers et les vignes s’alternent, parfaitement ordonnés et alignés. Ici, on bichonne l’olivier, depuis l’Antiquité. Arbre sacré, symbole de paix et de gloire, dans les plaines, les « lianès » sont les olives fines destinées à la production d’huile, sur les montagnes, les « tsounates »  fournissent les olives qui  après une préparation pour extraire le jus amer du fruit, seront comestibles.

On aperçoit quelques éoliennes en haut des collines mais pas de panneau solaire, pourtant le soleil frappe fort. On croise quelques troupeaux de moutons et de chèvres puis la terre cède la place au précipice et à la rocaille.

Patrick fait grimper la Fiat, mais zigzague entre les rochers qui s’accumulent à mesure que l’on gravit la montagne. Comme David Vincent, référence qui renseigne sur notre âge et les feuilletons télévisés que l’on regardait enfant, on ne trouva jamais de raccourci et en guise d’envahisseurs, seul un Crétois, éberlué de nous voir au milieu de nulle part, nous incite fortement à redescendre par où nous étions montés, en nous bloquant la route avec son 4X4, plus pour nous protéger que pour nous gêner.

  • Au temps des Hippies

A force d’errer de village en village, sans indication, on  finit par retrouver une route principale qui nous mène, le temps d’une baignade, à Matala, dans le golfe de Messara.

 

Hakuna… Matala !

Retour aux seventies, peace and love et  fleurs sur les fresques murales. On entend parler français partout, on s’installe sur la belle plage de sable blond.

 

 

Dédicace à Samuel

En nageant pour la première fois en mer de Libye, on admire les cavités dans la falaise qui surplombe la plage. Les Romains les ont creusées pour les sépultures de leurs morts. Bob Dylan et Cat Stevens y ont passé avec d’autres hippies des soirées allumées ! A présent, elles sont interdites d’accès mais éclairées toute la nuit. Prudents, nous avions emporté shampoing et gel douche pour profiter des douches de plage mais nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée et un panneau placé sous la douche indique que tout produit de bain est interdit car l’évacuation de l’eau usée va directement à la mer. Si c’est pour une raison écologique, on se satisfait de l’eau douce qui rince quand même nos corps et cheveux saturés de sel.

De retour à Héraklion, on choisit de dîner à l’Erganos, d’une salade d’herbes sauvages, d’arni ofto, agneau embroché cuit en rond autour des braises de la cheminée, de stifado de chèvre, un succulent ragout de chèvre à la tomate où l’on sent le thym que les chèvres ont mangé. Le dessert servi d’office, séduit Patrick  qui se régale de la pastèque et d’une sorte de gâteau génois spongieux trempé dans un sirop de sucre. Le serveur nous apprend en nous servant  la traditionnelle tsikoudia, qu’en cataplasme, cet alcool guérit des bronchites ! Un concert  de variété grecque en contrebas du restaurant, nous attire  au théâtre de plein air Nikos Kazantzakis. Salle comble et ambiance garantie avec les spectateurs qui reprennent en choeur les chansons. A défaut de connaître ces airs et le grec, on tape dans nos mains pour participer à la liesse générale.

 

 

  • En route vers l’est

Notre périple de visites continue. A bord de notre Fiat, nous filons vers l’est et faisons une première halte à Plaka.

Spinalonga

Un ferry en bois peint nous emmène à 10 minutes de là, sur l’île de Spinalonga, l’île que  Victoria Hishlop a rendu célèbre grâce à son livre « L’île des oubliés ». L’île, à présent déserte, fortifiée de tous côtés par les Vénitiens au XVIème siècle a résisté aux Ottomans jusqu’en 1715, rédition obtenue par traité. Cette longue presqu’île aride et inhabitée était rattachée jadis à la côte par l’isthme de Poros, qui fut percé en 1897 par des marins français, ce qui en fit donc une île. Elle devient léproserie de 1903 à 1957. L’eau limpide qui l’entoure passe du saphir à l’outremer. Débarqués sur l’île, nous grimpons jusqu’au bastion, marchons  sur la crête, redescendons par les bâtiments, édifiés pour l’hébergement des gardes vénitiens, réhaussés par les Turcs pour leurs colons, transformés en logements, hôpital et commerces par les réfugiés atteints de la lèpre. Nikos Kazantzakis y fait également référence dans « Le Christ recrucifié ».

Au bord de Limni Voulismeni, un lac relié au port par un chenal depuis 1870, on déjeune de saucisses crétoises, spécialités si l’on en croit la carte du Ntakos, et de yaourt au miel/pastèque, en laissant la tsikoudia. On se demande ce qui a pu passer par la tête du maire d’Agios Nikolaos quand il a choisi de transformer en eau salée, ce lac d’eau douce, ceint à présent de restaurants. Les réflexions et les décisions de certains édiles nous sont incompréhensibles, à moins que des intérêts privés …

La route, montagnarde et sinueuse, qui sera transformée un jour en autoroute, est bordée de lauriers rouges, roses et blancs. Elle longe le plateau du Lassithi, verger de la Crête, cuvette fertile au creux des montagnes. Les archéologues y ont  retrouvé des squelettes d’hippopotames nains, d’éléphants nains, de cerfs nains. Il y a 130 000 ans, on pouvait atteindre l’ile en pirogue depuis le Péloponnèse. Zeus y aurait grandi dans une grotte à l’abri de la fureur de Cronos. On aperçoit épars quelques cyprès, la Crète en était couverte et ce bois a servi aux Minoens pour la construction navale. A l’époque romaine, la déforestation était déjà bien avancée. On surplombe Gournia, une ancienne cité minoenne, située au point le plus étroit de la Crète.

La route est de plus en plus tortueuse et on se demande si on arrivera avant la fermeture à notre destination: le monastère Toplou, Près de Sitia et ses plages collées à la route,  nous remarquons des caroubiers, des cèdres et des palmiers puis la montagne nous happe à nouveau.

Au détour des virages, vue plongeante sur la mer, la forteresse du monastère apparait. Plus de 2h30 pour faire une centaine de kilomètres ! Patrick accélère, on arrive avant la fermeture ! On se gare près d’un ancien moulin à vent, qui  ne conserve que ses ailes dépouillées de ses toiles blanches.

Patrick n’est pas impressionné par « La grandeur de Dieu », icône géante de 1770, de l’artiste crétois Ioannis Komaros. Fabienne essaie d’identifier, parmi les 61 scènes bibliques, les personnages et les situations. Par une cour pavée, on pénètre  à l’intérieur du monastère, moitié église, moitié musée de l’histoire de la résistance crétoise avec armes exposées, datant de la 2nde guerre mondiale. Etonnants Crétois ! On se régale  dans la boutique très bien achalandée du monastère, avec des livres en français sur les herbes de la Crète, la flore crétoise, les oiseaux rapaces, l’histoire encyclopédique, l’orthodoxie.

Sur le chemin du retour vers Héraklion, la chaleur aidant, on choisit de s’arrêter à la plage de Platani, la bien nommée puisqu’y poussent des platanes aux feuilles rabougries en comparaison de nos platanes français, l’arbre préféré de Fabienne. Les galets blancs s’entrechoquent sous la pression du vent et du ressac de la mer. La taverna, petit comptoir en bois, ne propose ni boisson, ni nourriture, 3 hommes y sont accoudés, désœuvrés. On rejoint la route principale non sans remarquer quelques immeubles abandonnés en cours de construction, en bordure de plage, qui auraient pu devenir des complexes hôteliers, y a  t-il encore des investisseurs en Grèce ? La nuit tombant, Fabienne prend le volant pour rallier le port d’attache crétois.

  • Retour à la capitale

A pied, on entreprend de visiter la capitale, Chandax de l’arabe « fossé », que les Sarrasins creusent autour de la capitale au IXème siècle ou Chandakas, Candia  pour les  vénitiens,  Kandak pour les Turcs, Iraklion ou Héraklion.

Cela fait du bien de marcher un peu, même en ville, après les heures passées en voiture ! En longeant le front de mer, aux boutiques et musées fermés, dimanche oblige, on parvient jusqu’au musée d’histoire naturelle où un brachiosaure animé et un tricératops grandeur nature portent leurs yeux vers la mer, l’âme automate au regard triste. On ne verra pas non plus les 2 seules oeuvres du Gréco, né à Candia à la fin du XVIème s. On se rattrapera au Louvre à la rentrée.

Qui voit lion pense Venise
En crétois,OXI, c’est NON

On se balade à l’époque vénitienne entre loggia et fontaine Morosini, on se fournit en herbes aromatiques et surtout en diktame et en bois d’olivier, dans les boutiques de  la rue piétonne au nom d’année, 1866, début de la révolte crétoise contre les Turcs. 

 

 

 

Rethymnon

Lorsque nous  levons l’ancre et  larguons les amarres, nous apercevons pour la première fois, depuis notre arrivée en Grèce, des nuages dans le ciel. A chaque cap passé, le vent s’accentue, on navigue sous trinquette avec 2 ris dans la Grand Voile. La mer a perdu sa couleur saphir pour passer du bleu pétrole au gris. Des  stratus et des cumulus noirs s’amoncellent au dessus du mont Ida. Un voilier est parti en même temps que nous vers Nisos Dia. Depuis, nous naviguons seuls le long de la côte vers l’ouest. La mer est hachée et Patrick, nauséeux. Fabienne continue sa couture du taud et surveille régulièrement l’horizon et la côte, pas même un bateau de pêche en vue.

La marina affichée dans notre guide de navigation est en fait juste un port avec quelques catways, petit appontement flottant. Personne ne répond à la VHF, canal 16 ou 12, on repère une pendille sur bouée, Fabienne l’attrape avec la gaffe tandis que Patrick s’approche du quai. Un jeune homme sur le voilier voisin, l’Omarian , venant d’Arabie, nous dit-il, nous prend les amarres. A bord rient des femmes voilées et des enfants. Des postes à eau et à électricité devenus vieux avant d’avoir été mis en service sont inutilisables. Le voilier aux défenses noires battant pavillon maltais qui nous jouxtait à Héraklion arrive et erre dans le port avant de s’amarrer sans aide au quai extérieur.

Après renseignement à la capitainerie, des douches sont accessibles, un luxe pour nous devenu nécessité pour notre bien-être. En mer, lorsque celle-ci nous le permet, on peut se baigner avec la douchette d’eau douce, sur la jupe arrière du bateau mais au port, on se contente d’une toilette dans notre salle de bains, qui n’est pas aussi spacieuse, ni aussi pratique qu’une douche terrestre ! En revanche, on ne parvient pas à capter de réseau internet.

  • Vestiges vénitiens et turcs

Le bon vent nous fait arriver assez tôt pour commencer notre balade dans la coquette ville. Les serveurs des restaurants du port vénitien nous alpaguent. Les cigales de mer aux étalages des restaurants du port vénitien nous attirent mais il est trop tôt pour dîner. Le  phare solitaire désormais hors d’usage ne veille plus sur le port. Il date de la période ottomane ( 1669- 1898). Mehmet Ali, fondateur de la famille Farouk d’Egypte, l’a fait ériger durant son mandat de gouverneur de l’île. 

 

On monte à la forteresse vénitienne, la Fortezza, qui date du XVIème, on se croirait dans une oasis maghrébine.

 

 

Nous empruntons les ruelles de la vieille ville, nous aspergeons à la  fontaine Rimondi, et ses 3 gueules de lion, symbole vénitien.

 

 

 

 

 

Nous découvrons de jolis hôtels nichés dans les passages, des maisons à 2 étages aux portes colorées et dominées par des balcons en bois sculpté ou en fer forgé, de jolies boutiques à touristes. Tout est plus propre et plus harmonieux qu’Héraklion. Nous sommes tout de même étonnés de voir que la loggia vénitienne où les nobles vénitiens se réunissaient pour discuter politique et économie de la ville est devenue une boutique, aux arcades vitrées.

 

 

 

 

 

 

 

Nous sortons de la vieille ville par la porte Guora et tombons d’admiration devant  une échoppe de lyres et de bouzoukis, dans laquelle le luthier, Papalexakis,  travaille les bois de noyer, de mûrier ou de rosier pour parvenir à créer des instruments aux sonorités variées.

 

 

 

 

 

Une autre boutique attire notre attention, celle du sculpteur sur bois, Nikos Sigaras. Il creuse, polit, sculpte et cisèle les bois de citronnier, caroubier, eucalyptus, noyer et olivier de Crète pour les transformer en vases, bagues, coupes, calices, tableaux. Il nous parle de sa passion et nous explique que dans les autres boutiques, l’olivier travaillé provient de Tunisie. Il espère convaincre la chambre de commerce de créer un label, « bois d’olivier de Crète », ce qui donnerait à son travail et à son art ses lettres de noblesse. Nous ressortons du magasin avec un anneau et des bouchons pour nos enfants, amateurs de bonnes bouteilles et de jolies tables.

Nous rejoignons le musée paléontologique, où se tient un concert de musique grecque, un mix entre tradition et contemporanéité. Nous avons le temps d’admirer la cour de cette ancienne école coranique du XVIIème et son minaret, le plus vieux de la ville, en attendant les musiciens  car le concert commence une heure plus tard que prévu mais nous sommes en Crète. « Siga, siga ». Synthé, guitare, lyre crétoise et violon s’harmonisent dans des airs pour nous, si modernes qu’ils nous semblent discordants puis ils se rejoignent, s’accordent  et nous tombons sous le charme des mélodies et des virtuoses. Les solos sont aussi de grands moments d’expression, de don des artistes qui parviennent à susciter en nous de fortes sensations, véritable contagion émotionnelle. Nous sortons conquis et heureux d’avoir pu tâter de l’oreille l’évolution d’une certaine musique grecque.

  • Randonnée dans les gorges de Samaria

Une pluie torrentielle lave le pont durant 2 heures nocturnes, la température tombe à 25°C. Nous choisissons de randonner dans les gorges de Samaria.Nous n’avons ni baskets, ni chaussures de rando, mais 2 paires de chaussettes dans nos sandales de rando, achetées au Vieux Campeur, notre boutique de matériel sportif favorite, nous suffisent. Patrick s’équipe en Mars et en Twix, en cas de faiblesse de tonus. En bus, on longe une côte déchiquetée, Bretagne ou pointe des châteaux en Guadeloupe, les vagues claquent sur les rochers. Puis, dans la baie d’Almiros, une longue plage de sable fin et blond borde la mer devenue vert d’eau, un peu grisée. Palmiers, lauriers et roseaux s’alternent entre les complexes hôteliers, aux consonances  tantôt grecques , Mythos, Delphos, tantôt anglaises, Summer Land ou Beach Bar. En laissant Chania au nord, le bus prend la route d’Oumalos, où les orangers s’alignent en champs.

A l’entrée du Parc National de Samaria, nous louons un bâton chacun. Nous démarrons à 1200mètres d’altitude par une longue descente, aménagée en escalier de pierre. Nous sommes nombreux au départ du chemin, nous marchons les uns derrière les autres. Il est difficile de suivre son rythme propre dans ces conditions mais très vite, de panoramas en sources, où l’on peut s’abreuver et où stationnent des gardes forestiers, les espaces entre les randonneurs s’étirent et nous trouvons une cadence plus efficace et agréable. Patrick a du mal, mais parvient à s’accrocher au rythme soutenu de la marche de Fabienne, sic Patrick.

Le sentier continue en forêt jusqu’à une chapelle, 1h30 s’est écoulée depuis le début de la rando, pour 4 km de descente. Nous apercevons, non loin des sources qui se succèdent au fil de la piste, des kri-kri, chèvres sauvages crétoises, à la ligne foncée suivant leur colonne vertébrale. Le chemin moins abrupt serpente autour de la rivière à travers un paysage forestier, jusqu’au village de Samaria, abandonné depuis 1962. Après une pause amandes et oeufs durs complétés par des gâteaux fait bateau pour Patrick, nous enjambons la rivière, par des ponts de bois. 

Nous zigzagons sur les éboulis, dans le lit de la rivière, jusqu’à atteindre l’endroit le plus étroit de la gorge, les sideroportes, les portes de fer, gigantesques plis géologiques, sur lesquels quelques fleurs sauvages s’accrochent et où, à coup sûr, notre fils Lazare, étudiant en géologie, saurait dénicher des fossiles.

Nous arrivons à 14h30, à la sortie du Parc et nous désaltérons avec d’un jus d’orange, pressé devant nous. Moins de 6 heures nous ont suffit pour parcourir les 16 km de descente entre montagne, forêt et rivière et nous attabler dans le village d’Agio Roumeli, pour déguster poulpe et calamar entier grillé, notre tzatziki coutumière et une salade d’herbes sauvages.

Après une baignade en mer de Lybie et une sieste sur la plage d’Agio Roumeli, nous prenons un ferry qui nous emmène à Sfakia.

 

 

 

 

Loutro

L’arrêt à Loutro nous permet d’apprécier ce tout petit village, enclavé dans les montagnes, uniquement accessible par la mer, aux petites maisons d’une blancheur immaculée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Sfakia, appelé aussi Chora Sfakion, nous prenons un bus qui nous ramène à Rethymnon.

En chemin vers la marina, on se laisse tenter par les pains chez Kallitechniko Artopoieio, en forme de cygnes, fleurs, dauphins, dinosaures ou rosaces, plus jolis et plus chers que bons.

 

 

Fabienne se rend à la laïki, marché de plein air, hebdomadaire, où les producteurs du pays étalent leurs légumes et fruits locaux. Patrick charge les batteries de notre achat de l’année: deux trottinettes électriques.

 

 

 

 

Nous nous entraînons sur le large front de mer qui borde le port, aux côtés d’ enfants qui eux s’entraînent  en rollers, avec leur club. C’est un vrai plaisir, ces trottinettes. Elles montent jusqu’à 33km/h, sont très stables et très maniables. Quel gain de temps lorsque nous nous déplaçons en ville. Certes, on ne passe pas inaperçu. Voitures et piétons ralentissent ou s’arrêtent pour nous regarder passer sur nos engins. Qui plus est, le soir venu, l’Eleftheriou Venizelou, entre plage et restaurants, est fermée à la circulation. Cette avenue porte le nom de cet homme politique, artisan de l’Enosis, qui a mené au rattachement de la Crète à la Grèce, en 1913. On serpente entre les piétons, en revenant du cybercafé, où l’on pu skyper avec nos enfants, dans une ambiance musicale techno aux décibels exaltés, en buvant du Prosecco et en goûtant un assortiment de fromages crétois. Siga, siga.

Chania

L’avitaillement fait, la météo clémente, on continue vers l’ouest notre cabotage.

La houle est courte, le bateau roule d’un bord à l’autre. Les nuages se sont envolés au-dessus du mont Lefka Ori, les montagnes blanches. Le ciel est bleu grisé. Le vent s’accélère, au passage de la presque’ile d’Akrotiri comme à tout passage de cap, puis s’affaiblit dans la baie de Chania, prononcez Rrania.

Nous pénétrons dans le vieux port, entre la forteresse de Firka à notre tribord, construite par les Vénitiens, au XVIIème, et le phare à notre bâbord, restauré en 1830, sous l’administration égyptienne. De port en port, on navigue entre les dominations vénitienne et ottomane. Pour l’heure, nous ne sommes occupés qu’à trouver une place pour Opale. Sans réponse à la VHF, nous avançons vers le port vénitien. Nous sommes distraits par une  tortue, de près de 80 cm de diamètre, qui fait la roue à l’étrave puis plonge dans les eaux du port. Force est de constater qu’il n’y pas une seule place où se glisser.

Nous  repérons  un voilier, suffisamment long pour accueillir un bord d’Opale et sur lequel nous nous mettons à couple. On est content de notre manoeuvre. Patrick réussit parfaitement à accoler le flanc de notre voilier contre celui amarré à quai. Fabienne aborde le navire désert, en toute courtoisie, pour s’amarrer au quai. Notre satisfaction est brève, un Crétois à bord de son voilier, sur le quai d’en face, nous apprend que le bateau semi-sous-marin touristique va bientôt rentrer de son excursion et ne pourra accoster si nous restons là. Il téléphone  au capitaine du port et nous transmet sa réponse. Nous pouvons accoster sur le haut quai des chaluts, inoccupé pour le moment. Un autre voilier nous suit, construction amateur en aluminium des années 70, au pavillon suisse. Comme nous, il  s’amarre au ponton des bateaux de pêche. Cet emplacement nous convient face aux neoria, les anciens arsenaux.

C’est toujours avec enthousiasme que nous mettons pied à terre dans une nouvelle escale, curieux d’expériences renouvelées mais toujours uniques, malgré la succession de nos haltes maritimes. Nos sens sont en éveil, nous nous adaptons à une architecture urbaine inconnue qui très vite nous devient familière, tout du moins en bordure de port ou de mouillage. Nous photographions dans notre esprit et dans notre appareil les façades des demeures, les monuments religieux et laïcs, nous dévorons nos guides touristiques et appréhendons l’histoire des villes et des constructions. Cette soif de découvertes de nouveaux paysages et de nouveaux quartiers, depuis plus de 6 saisons que nous naviguons en Mare Nostrum, est encore inextinguible. Puisse t-elle durer le temps de notre circumnavigation .

  • Balade en ville

Nous  débarquons  donc à Chania, ex La Canée, et  longeons les débarcadères du vieux port.

Dans un théâtre se tient une exposition photographique sur le tournage à la Canée notamment, du film gréco-anglo-américain Zorba le Grec, adapté du roman de Nikos Kazantzakis, Alexis Zorba. C’est grâce à ce film porté par Anthony Quinn, que Fabienne s’essayait  dans son enfance avec sa soeur et sa cousine, dans la cuisine de sa grand mère à danser le sirtaki. La violence des scènes est toujours restée dans sa mémoire : de la lapidation de la veuve au  dépouillement par les femmes du village des maigres biens et fanfreluches de l’hôtelière française, recluse au village, et l’éboulement du téléphérique censé déboucher pour le village sur une expansion économique grâce à l’exploitation d’une ancienne mine, ces scènes lui ont laissé des souvenirs d’hypocrisie, de peur de l’étranger et de ses différences , de frustration, de rêves perdus, de contrastes marqués par les tenues vestimentaires et les comportements comme ceux de Zorba, l’exubérant  Crétois, et de l’écrivain britannique, rigide.  Il en est des films, comme des livres, des images imprimées dans nos rétines qui nous poursuivent et nous accompagnent notre vie durant, cela fait partie des instants de jouissance culturelle que l’on savoure à notre demande, par la seule injonction à notre mémoire. Loués soient les souvenirs qui nous permettent à loisir de revivre les émotions, par  l’empreinte gravée dans notre mémoire. Réactivant les données des faits passés, l’image mentale réapparaît intacte et vive, déclenchant les mêmes sensations qu’au moment du vécu. Le corps oublie, l’esprit est condamné à revivre.

En longeant le quai, on se retrouve devant  la mosquée des Janissaires, teintée de rose. Elle abrite l’office de tourisme et les autorités portuaires. On règle au capitaine du port les 10 € de taxe. On contourne la forteresse pour errer dans les ruelles de la vieille cité.

 

Les  boutiques sophistiquées accueillent des bijoux de créateur, mêlant pierres, métaux, bois et verres, des ateliers de poterie et de céramique, des couturiers et des maroquiniers.

Partout où l’on passe, on ne peut qu’admirer les traces architecturales dues à ses occupants vénitiens puis ottomans.

 

Les Vénitiens, grands marchands, font l’acquisition de la Crète aux Croisés, après la 4ème croisade. Ils deviennent les gouverneurs hégémoniques de la Méditerranée et une grande puissance maritime durant le Moyen âge et la Renaissance (1204-1669).Leur génie militaire, commercial, administratif et culturel insère la Crète dans la grande République de Venise et lui confère un rayonnement, passage privilégié et obligé entre la Sérénissime et l’Orient. La présence des Vénitiens assoit  leur puissance militaire et commerciale. L’occupation vénitienne, alliée avec l’installation de l’église catholique romaine, entraine des révoltes chez les Crétois qui  souhaitaient conserver le culte orthodoxe byzantin. Cette véritable colonisation s’accompagne d’expulsions, d’expropriations, d’exploitations agronomiques et ségrégation.Venise domine l’île et la Méditerranée pendant plus de 400 ans et sera suivie de la domination ottomane.

Sous les Ottomans, l’accès au port pouvait être fermé par une chaine reliée au phare, pas de souci de ce côté là, le joug ottoman a cessé à la fin du XIXème siècle.

Les Ottomans mènent une grande campagne militaire contre les villes crétoises à partir de 1641.Le siège de Candie dure plus de 20 ans, Candia tombe en 1669 et scelle le sort de la Crète en étant intégrée au sein de l’immense Empire ottoman pendant plus de 250 ans. Suite à la chute de Candie, Vénitiens, intellectuels et artistes crétois quittent l’ile pour l’Europe, entraînant le déclin culturel de l’île. L’occupation violente est ponctuée de révoltes et de luttes pour la conservation de l’identité crétoise. La Crète devient une province turque dirigée par un gouverneur, assisté de militaires et de fonctionnaires chargés de s’occuper des affaires de justice, de finances et de police. La politique ottomane consiste en une surtaxe pour les populations non musulmanes avec confiscation des terres et brimades. Une petite partie de la population se convertit à l’islam. La langue crétoise et la religion orthodoxe sont tolérées. Toute rébellion contre les Turcs est suivie de massacres sanglants en guise de répression. Sans soutien officiel des grandes puissances européennes, toutes les révoltes échouent.Seul, l’assassinat de militaires anglais met fin au joug ottoman. 

On poursuit notre déambulation dans  Chania.

Nous arrivons en circulant dans  les ruelles, guidés par des airs traditionnels juifs joués par des violons et des lyres devant la Synagogue Etz Hayyim, de construction médiévale et réouverte en 1999. La porte est ouverte, shabbat oblige. Une quarantaine de Juifs vivent en Crète aujourd’hui.

Patrick, athée convaincu et pas vraiment traditionaliste, m’invite à rebrousser chemin et nous nous dirigeons vers le quartier ottoman de Splantzia. Nous nous arrêtons dans la boutique d’Arménis, coutelier. Les couteaux fabriqués dans son atelier sont très aiguisés et sur leur lame sont gravées des phrases calligraphiées, qui parlent d’amour ou d’amitié.  On en achète pour nos enfants, couteaux d’office et d’ornement. On repart dans les allées étroites où les maisons alignent des fenêtres saillantes en ferronnerie et ornées d’arabesques pour aboutir à la place 1821. En1821, la Grèce se soulève contre l’occupant ottoman, et la Crète prend part à la guerre d’indépendance.

Se dressent sur la place un immense platane, qui protège du soleil crétois les nombreux attablés des cafés et un ancien monastère, Agios Nikolaos, à la façade  oecuménique, avec d’un côté un minaret et de l’autre un clocher. On laisse la vieille église vénitienne San Rocco à sa décrépitude et par une rue commerçante  plutôt chic, on atteint le marché couvert, aux allures de gare avec sa structure métallique et ses étals de victuailles. En débouchant par l’autre accès  de Kentriki Agora, on quitte le monde des touristes pour se retrouver dans la vie moderne et populaire crétoise, avec la foule qui musarde, même à plus de 20 heures, entre les enseignes internationales. On cherche un shipshandler,  de l’anglais « ship » bateau, et « chandler » fournisseur, bref un marchand d’articles d’équipements de marine, de pièces d’accastillage, dont on ne trouve pas la boutique, fermée ou inexistante. Décidément les guides maritimes ne sont pas à jour mais on retrouve, attendant sa femme devant la boutique Zara, notre guide des Gorges de Samaria, aussi surpris que nous. Hasard des rencontres.

Kos, point noir

On retourne au vieux port par la colline de Kastelli, en jetant un oeil sur les vestiges des habitations minoennes, qui nous ramènent à la fin du Néolithique, il y a plus de 5000 ans. Avant de dîner dans une taverne médiocre sur le port, Apostolis, que notre guide livresque  conseille pour sa soupe fraîche d’oursins et  qui n’est plus au menu, nous arpentons la jetée vénitienne aux galets irréguliers et instables, où chaque promeneur s’accroche à son voisin pour ne pas chuter ou se fouler une cheville. Nous relativisons ce petit inconvénient de balade quand nous apprenons le tremblement de terre qui a sévi entre Kos et Bodrum et qui a fait 2 morts et près de 500 blessés en Grèce et en Turquie. L’été dernier, nous avions séjourné dans le port de Kos, l’île d’Hippocrate, port qui s’est affaissé suite au séisme et dont le capitaine nous disait que sa marina était un modèle pour toute la Grèce.

Gramvoussa

Après la livraison de carburant, nous quittons le port de Chania. La mer est calme, le vent faible à 5 nds puis la houle se lève, devient courte et nous brinquebale de bâbord à tribord, désagréablement.

La mer, jusqu’alors outremer, presqu’en haut de la presqu’île de Rodopos, à hauteur de Diktinna, devient subitement turquoise pendant quelques miles puis reprend une couleur bleu pétrole, sans que le sondeur ne nous avertisse d’une remontée de fonds. La proximité de la terre casse la mer.

Passé le cap, le vent passe arrière, on est sous génois jusqu’au chenal de Vouska. Un pêcheur seul sur sa petite embarcation remonte son filet pour laisser la passe libre car la voie navigable est étroite, ceinte de rochers affleurant. On file vers le Sud pour mouiller face à la lagune de Balos, au bleu diaphane et au sable blond, dans la baie de l’îlot de Gramvoussa, en compagnie de 3 autres voiliers dont l’ « Omarian », rencontré à Héraklion.  Patrick plonge pour vérifier le bon accrochage de l’ancre, l’eau est transparente et s’éclaircit de plus en plus en se rapprochant de la côte.

L’ancre est juste posée sur un rocher, Patrick la porte et à la main la coince dans les rochers. Le vent souffle fort avec des rafales à plus de 30 noeuds dans ce goulet. Son appareil photo autour du poignet, Fabienne nage jusqu’à la plage. Ses lunettes polarisées, indispensables dans ces eaux, lui permettent de distinguer les oursins des anémones de mer rouge et d’ éviter les premiers. Elle  marche jusqu’à une épave échouée dans les rochers . Un ferry et un petit bateau d’excursion emportent les touristes d’un jour vers leur hôtel, la plage est déserte quand Fabienne rejoint le voilier, heureuse de se baigner seule, dans cette eau turquoise. Un château vénitien domine la baie qui bien que nommée Imeri Gramvoussa  (en grec  Ήμερη Γραμβούσα, la « Gramvoussa calme »), ne s’apaise que la nuit tombée. Afin que Patrick ait son content de biscuits jusqu’à notre prochaine étape, Fabienne fabrique une nouvelle fournée de cookies.

Au matin, l’«Omarian » et un voilier autrichien qui nous a salués et que nous avions déjà croisé lors d’un mouillage en mer Egée, quittent la baie vers Chania tandis que nous naviguons plein ouest, après une baignade savonneuse.

On laisse derrière nous  sur la côte ouest l’étonnante Falassarna, ses plages aux eaux cristallines, ses serres qui bénéficient des terres plates et fertiles le long de la côte, son antique port.

L’île bascule très lentement, s’élève à l’ouest  et s’affaisse à l’est. En Crète orientale, les ports de l’époque minoenne sont environ sous 2 mètres d’eau. Le niveau de la mer par rapport à l’époque romaine,  est  inférieur à 1 m par rapport à aujourd’hui.

Par basculement,  il y a 1500 ans, l’ouest de la Crète a soulevé et élevé Falasarna de 9 mètres et le port a été transformé en terre sèche et enterré sous des tonnes de décharge, il est maintenant situé à l’intérieur des terres. Etrange d’imaginer le canal d’entrée du port situé à 9 mètres au dessus de la mer, et pourtant aucun bateau volant à l’horizon.

Patrick a avancé le chariot du génois, afin de le border plus serré. Ce règlage permet de rester sous génois même par vent plus fort. On garde notre cap sous cette voile jusqu’au soir.

Nuit et quarts

Pas un seul pêcheur, pas un seul voilier entre la Crète et Malte, près de 450 NM. On devine Anticythère, au nord, le soir venu. Patrick est fasciné par la machine d’Anticythère, considérée comme le premier calculateur analogique antique, datant du IIème siècle avant JC et permettant de calculer des positions astronomiques, le plus vieux mécanisme à engrenages connu. Nous avons eu l’occasion d’en voir les fragments lors de notre visite au Musée National Archéologique d’Athènes, la saison dernière.

Les cargos et tankers nous croisent, longs de plus de 150 mètres, larges de plus de 20 mètres, immatriculés aux Bahamas, au Libéria, à Panama. Ils se dirigent vers la Grèce ou l’Italie.On connaît leur description, leur destination, leur immatriculation d’origine grâce à l’AIS dont ils sont équipés. 

  • Utilité de l’AIS

L’AIS, système d’identification automatique,(Automatic Identification System) est un système d’échanges automatisés de messages entre navires par radioVHF, qui permet aux navires et aux systèmes de surveillance de trafic de connaître l’identité, le statut, la position et la route des navires se situant dans notre zone de navigation.

Chaque navire, équipé de l’AIS, a un identifiant unique, un numéro MMSI. A terre, grâce à notre numéro MMSI, chacun peut suivre sur son écran d’ordinateur notre route et connaître notre position, sur un site comme MarineTraffic, pionnier mondial du suivi des navires AIS.

Lors des quarts, en visionnant l’écran de l’AIS, nous aimons regarder les informations sur les navires que nous croisons, leur nom, leur port d’immatriculation, leur type de cargaison, leurs dimensions,  leur destination si le chef de quart l’a indiquée, l’estimation de leur heure d’arrivée à destination.

Par gros temps et mer houleuse, par temps brumeux, et surtout la nuit, l’AIS nous permet une identification rapide de ce qui nous entoure, navires, phares, bouées. Lorsque la mer est levée, le radar s’emballe et nous transmet des échos fous, confondant la crête des vagues et l’approche d’un bateau. L’AIS nous rassure.

Les quarts

On répartit la nuit entre nous 2, Patrick prend le quart de 22h à 2h, Fabienne de 2h à 6h, heure à laquelle Patrick reprend le quart suivant.  Pendant nos quarts, on s’allonge dans le carré, et toutes les 15 minutes, au maximum, la minuterie nous aide à nous réveiller, on monte dans le cockpit, on balaie l’horizon à 360°, on surveille les données de l’AIS et du radar. On suit la trajectoire des navires de commerce, qui la plupart du temps  dévient leur route pour nous éviter de changer de cap. L’AIS nous indique précisément dans combien de temps, en minute, nous serons le plus proche l’un de l’autre et la distance la plus serrée entre les 2 embarcations. Si la distance est nulle, il y aura collision. Les yeux rivés sur l’AIS, on regarde l’évolution du cap du navire croisé, on vérifie en scrutant aux jumelles sa trajectoire, on estime à l’oeil s’il y aura collision ou pas. A quel moment devrons-nous changer de cap ? Aurons-nous le temps de changer de cap ? Serons-nous percutés ? Par mesure de précaution, dans ces cas-là qui  font perler des gouttes de sueur au front, on réveille notre co-équipier, on regarde à nouveau en direct, on suppute, on met le moteur, on attend, l’angoisse au ventre. Sous voile, peu manœuvrables, nous sommes prioritaires mais certains,  que notre présence distrait, change leur cap pour foncer sur nous, à près de 20nds.  Notre changement de cap entraîne toujours un risque supplémentaire, car nous sommes bien lents et bien légers par rapport à ces monstres des mers. On est sur leur route, entre Gibraltar et Suez. Quand 98 % des vraquiers*, cargos, tankers*, remorqueurs et autre pétroliers croisés  dévient leur route, les 2% qui s’ennuient à leur barre la nuit et veulent voir de très près à quoi ressemble un  OVNI à coque en aluminium et son équipage nous poursuivent. Si l’on change de cap, ils en changent à leur tour pour s’approcher au plus près de notre bord. Ils travaillent et nous sommes des plaisanciers, quelles sont leurs intentions lorsqu’ils nous serrent de trop près ? Ces interrogations sont une source de suées froides, malgré la chaleur ambiante, entre Libye et Péloponnèse. Puis le travail les rappelle à l’ordre, ils reprennent leur cap et nous laisse pantelants. On se ressaisit vite et on reprend notre route et notre quart, le coéquipier retourne dans sa cabine et celui de quart dans le carré. 

* Un vraquier est un navire de charge  destiné au transport de marchandises solides en vrac. Il peut s’agir de sable, de granulats, de céréales mais aussi de matériaux denses comme les minéraux . 

* Un tanker est un navire conçu pour le transport en vrac des combustibles liquides.

Mais la nuit, le ciel dégagé permet au veilleur d’admirer la voie lactée, de nommer les étoiles, en regardant le livre d’observation des constellations car en traversée, on ne capte pas longtemps le réseau et l’appli, comme par exemple Google Sky Map, si pratique fut-elle, reste morte lorsque les flots sont notre seul horizon. Loin de la pollution lumineuse, on commence par le plus facile, grande et petite ourse, l’étoile polaire, Orion, puis on se prend au jeu et la carte du ciel nous aide à reconnaitre d’autres soleils et planètes dans le désordre céleste apparent. 

La nuit nous réserve aussi d’autres merveilles. Parfois le sillage du bateau laisse une trace phosphorescente dans l’eau noire, ce sont les organismes vivants du plancton qui s’illuminent lorsqu’ils sont agités par le passage de la coque dans l’eau.

Traversée plein ouest

La mer s’agite en journée, on se cogne un peu partout, et Patrick, sur son crâne déchevelé. Avant que la mer ne rende impossible la manœuvre et pour s’assurer d’un plein, Patrick remplit le réservoir tribord à partir d’un bidon. Il a fait l’acquisition d’un tuyau qui  permet au carburant de passer du bidon au réservoir sans avoir besoin de syphoner en aspirant. (cet appareil sensationnel fera l’objet d’un article dans l’onglet  » équipements » )

La solitude à 2 est propice à la réflexion, on change notre programme. Cette saison ne nous verra pas arriver aux Canaries, nous pensons laisser le bateau au Maroc,  près de Ceuta. Notre projet de transatlantique sur Opale recule de 2 années, la vie professionnelle de Patrick est incompatible avec une absence d’un mois voire plus l’hiver prochain. On sieste à tour de rôle, Fabienne continue sa couture du taud, retrace la route des prochaines étapes, planifie sur plusieurs années les sites et les dates futurs de villégiature, s’informe sur Malte, notre prochaine destination et repère les lieux incontournables à voir, patrimoniaux et naturels.

Les nuages stratocumulus s’estompent pour laisser place à un ciel uniformément blanc grisé. Ensemble, on redéfinit le concept de notre futur livre de bord idéal, à fabriquer, car celui que l’on utilise quotidiennement sera complet à la fin de cette saison.

La météo

Nous avons prié le Dieu Météo, nouveau venu dans la mythologie, nous l’avons imploré de nous prodiguer un temps constant, clément  et sûr pour la durée de la traversée. Peut -être aurions nous du sacrifier un taureau à Poséïdon afin de nous assurer ses faveurs. La fenêtre météo était bonne pour 5 jours, le vent forcissant devait, venant de Méditerranée occidentale, longer la Sicile puis remonter vers l’Adriatique. La météo ne serait-elle pas une science exacte ? Les bulletins météo piochés dans les fichiers Gribs,  sur le Navtex, sur Weather 4D, concordaient entre eux mais pas avec la réalité.

La mer ionienne dans laquelle on navigue à présent moutonne et voit le vent se lever, jusqu’à 40 nds. Nos estomacs s’agitent en cadence avec la houle, on aurait pu croire qu’on était amariné mais notre appareil digestif l’a oublié.Les informations de mouvement fournies par notre système vestibulaire  et les informations visuelles sont décalées. On est nauséeux, on baille, on somnole, on est apathique. Deux loques humaines affalées de tout leur long sur les banquettes du carré, de jour comme de nuit, rêvent, entre 2 veilles de 20 minutes, de cabotage. Partir pas trop tôt, pour un prochain mouillage, arriver pas trop tard, en milieu d’après-midi, après un déjeuner salade à bord, se baigner, aller jusqu’à la Skala  ou jusqu’à la Chora, le village du haut de la colline, en redescendre pour commander un citron pressé accompagné de tzatziki, dans une taverna équipée du wifi en bordure de plage, d’où l’on pourrait voir notre voilier dans la baie se balancer mollement au soleil. Puis le lendemain, lever l’ancre pour une autre baie, un autre port, pas trop loin, sous un ciel uniformément bleu et lumineux et une bonne brise pour gonfler grand voile et génois. On rêve ensemble, entre 2 hauts le coeur. On pense à notre Vendée, aux journées tranquilles d’été où l’on passe du marché  au jardinage, de la  sieste sur la plage à la baignade jusqu’au ponton, de la promenade en kayak de mer jusqu’à Pilhours à celle qui remonte la Vie, notre rivière côtière, des balades en vélo dans les marais à la Cotriade, un restaurant micheliné que l’on apprécie. Mais le vent qui hurle dans les haubans nous ramène à la réalité. On entend des voix après quelques journées en mer, des chuchotements ou des cris de souris. Le vent de NNW est trop fort pour avancer au moteur, on louvoie vers la Libye mais quand on vire de bord, on ne peut remonter qu’au NE. Cette journée-là est perdue, un trou dans notre espace-temps. Le lendemain, le point sur la carte est le même que celui de la veille.

D’imposants nuages sombres empêchent le soleil de percer. On guette l’anémomètre, on dirait bien que le vent se calme, on peut enfin reprendre notre cap idéal et repartir plein ouest. Le bateau tape, la mer est agitée mais le vent baisse. Un thé et une toilette succincte ramènent Fabienne dans un quotidien nécessaire pour refaire surface. On grignote des pépites et des amandes. Le riz que Fabienne prépare pour Patrick cale son estomac malmené. Le ciel reprend une teinte scandinave, bleu gris. Les nuages filent vers le nord. Sans réseau, depuis 5 jours, on est sans nouvelles de nos enfants, de nos mères respectives. Lors de notre première transatlantique, plus de 15 ans en arrière, les enfants étaient à nos côtés, nos parents en couple. Mais à présent, chacun a vieilli, on tremble à l’idée que l’un ou l’une ait besoin de nous et que l’on ne soit pas joignable, que l’on ne puisse les secourir, ou les soutenir en cas de nécessité. Patrick parle d’acheter un iridium.

Côte en vue, le 6ème jour, le bien nommé car c’est bien ce jour -là que  D. créa l’homme à son image, et la femme d’une côte de l’homme, pour qu’il ne s’ennuie plus.

A 20 MN de Malte, des navires de charge stationnent en pleine mer, ancrés à plus de 100 mètres de profondeur. Ils attendent là, bien au large, l’autorisation de pénétrer dans le port franc. On zigzague avec prudence entre ces blocs creux d’acier, merci Archimède. Le réseau revient, les sonneries des sms et des what’s app fusent. Retour à la vie des Terriens. Les murailles de la ville forment un horizon de fortifications, qui nous projette dans l’histoire et dans le plus grand port naturel de la Méditerranée.   

  

   

 

 

   carte dodecanese

 

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